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Joon-ho Bong

Par nani :: 08/02/2007 à 21:33

                          Joon-ho Bong




Après une Maîtrise en Science Sociale à l’Université de Yonsei, Bong Joon-ho réalise un film indépendant en 16 mm White man primé au Shin-Young Movie Festival. En 1995, il sort diplômé de la Korean Academy of Film Arts. Son film de fin d’études, Incoherence, est une comédie satirique sur la société coréenne, qui est sélectionné dans les Festivals de Vancouver et Hong kong.


En 2000, il met en scène son premier film en 35mm Barking Dogs Never Bite, dont il a élaboré le scénario pendant plusieurs années alors qu’il était assistant réalisateur. En 2003, il réalise le thriller Mémories of murder , inspiré d’une véritable histoire de meurtres en série. Le film est un succès commercial et critique.

Mémories of murder


Corée du Sud, 2004
De Bong Joon-Ho
Scénario : Bong Joon-Ho, Kim Kwang-Rim, Shim Seung-Bo
Avec : Sung Kan-Ho, Kim Sang-Kyung, Byun Hee-Bong, Kim Rwe-Ha
Photo : Kim Hyung-Ku
Musique : Taro Iwarisho
Durée : 2h10
Sortie : 23 Juin 2004


Milieu des années 80. Dans une petite ville de province près de Séoul, on découvre à quelques semaines d'intervalle les corps de deux femmes atrocement mutilées. La police locale est rapidement dépassée par les événements.


Le cinéma coréen n’a pas fini de nous étonner. Avant la sortie d’Old Boy de Park Chan-Wok, Grand Prix du Jury à Cannes et une semaine après celle de Deux soeurs, vertigineux film d’horreur, s’expose enfin sur nos écrans le magnifique Memories of Murder, chef-d’œuvre multi-primé au Festival du Film Policier de Cognac et peut-être le meilleur polar orchestré depuis Seven de David Fincher. Il y a décidément quelque chose de magique au pays du matin calme. Aidée par des subventions mises en place par le ministre-réalisateur de la Culture, Lee Chang-Dong (Oasis), une jeune génération de cinéastes revisite avec bonheur tous les genres du septième art pour en écrire les pages les plus contemporaines. Sur le papier, rien ne semble différencier Memories of Murder du thriller lambda. Des femmes sont mystérieusement assassinées à la campagne et des flics aux méthodes diamétralement opposées enquêtent sur le terrain au gré des indices relevés. Dès l'ouverture joyeusement bordélique autour d’une scène de crime impossible à faire respecter, on devine toutefois que l’on n’assistera pas à une énième traque de serial-killer, personnages monolithiques et discours binaire à la clé. Inspiré de faits réels qui ont secoué la Corée du Sud dans les années 80, Memories of Murder est avant tout un film d’époque, une comédie noire de pays sous-développé comme le définit lui-même le metteur en scène.



Alors que la Corée est secouée par une frénésie paranoïaque - succession de couvre-feu et répression sanglante des grèves étudiantes -, trois hommes partent à la recherche du mystérieux criminel: le détective Park Doo-Man, agent bourru et sûr de lui qui pense pouvoir identifier un voyou en le dévisageant, son acolyte le sergent Koo Hee-Bong, spécialiste de l'aveu spontané à grands coups de taloches dans le visage des prévenus, et enfin le beau et ténébreux détective Seo Tae-Yoon. Venu de Séoul, ce dernier ne croit qu’en une approche scientifique de l’affaire et ne jure que par les méthodes américaines. Inexpérimentés face à une telle série de meurtres et peu enclins à s’entraider, ils se lancent à corps perdus dans la moindre piste et cèdent même aux charmes de la voyance… Bong Joon-Ho, dont c’est le second long métrage après une comédie inédite en France, adopte un point de vue réaliste. Il met en scène le quotidien d’enquêteurs sans moyen, dépassés par les événements et plus soucieux de leur plan de carrière que de la résolution de l'énigme, du moins dans un premier temps. Fabrication de fausses preuves, passages à tabac, arrestation arbitraire de l’idiot du village à qui les deux premiers soufflent les questions et les réponses pour briller devant l’opinion publique, Memories of Murder pourrait être un conte sordide si sa noirceur n’était contre-balancée par une ironie constante, un second degré salutaire qui prend en compte l’intelligence du spectateur, sa connaissance des codes du genre.



Sans abandonner l’intrigue en elle-même, Bong Joon-Ho dresse le portrait de personnages profondément humains, faillibles et attachants. D’abord décrit comme un loser patenté, Park Doo-Man (génial Song Kan-Ho, héros de Joint Security Area et Sympathy for Mr Vengeance de Park Chan-Wok) parvient malgré ses nombreuses erreurs, à nous attendrir. Cet ours à l’ego surdimensionné qui parade comme un coq lors de la capture d’un nouveau suspect cache une véritable sensibilité, une affection réelle pour son compagnon de route, Koo Hee-Bong, et finit pour l’amour d’une infirmière par abandonner son poste de policier. Plus professionnel dans son approche du métier, Seo Tae-yoon (Kim Sang-Kyung déjà vu dans Turning Gate de Hong Sang-Soo) se laisse lui aussi peu à peu gagner par le doute. La mise en scène est virtuose. Bong Joon-Ho limite les effets visuels pour en renforcer la puissance. Le moindre ralenti a un sens, comique ou dramatique, et parvient à susciter l’effroi dans des scènes nocturnes noyées sous la pluie. Tapi dans l’ombre, jamais à visage découvert, l’assassin rôde dans les hautes herbes, guette sa future proie au sommet d’une colline, tel un prédateur insaisissable dont le sang froid s’oppose à la confusion des policiers. Tout devient alors suspect: un visage impassible, le bredouillement d’un débile léger devant une photo, une absence d’alibi, une dédicace radio…





 En 2006, il se lance dans le film d'horreur en co-écrivant et réalisant The Host.


The Host


Gwoemul
Corée du sud, 2006
De Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho, Baek Chul-hyun, Ha Won-jun
Avec Song Kang-ho, Byeon Hie-bong, Park Hae-il, Bae Du-na, Ko Ah-sung, David Joseph Anselmo, Spencer Kay Jim, Paul Lazar
Photo : Kim Hyung-ku
Musique : Lee Byung-woo
Durée : 1h59
Sortie : 22 Novembre 2006


A Séoul, un monstre géant surgit des profondeurs de la rivière Han. Une fillette est enlevée. La famille Park part en croisade contre le monstre pour retrouver Hyun-seo...
                     

Après le magnifique Mémories of murder, Bong Joon-Ho remettait en jeu son titre officieux de roi du cinéma de genre coréen avec, cette fois-ci, un authentique film de monstre. Présenté au Festival de Cannes 2006 à la Quinzaine des réalisateurs, The Host méritait bien une place dans la grande sélection, de par son humour ravageur et l’efficacité de sa mise en scène. Qu’importe, il a battu tous les records de fréquentation au pays du matin calme, devançant ainsi les blockbusters américains dont il reprend et améliore les formules. Depuis Alien, le huitième passager de Ridley Scott, le cinéma américain s’était en effet approprié le genre jusqu’à réaliser – ô scandale - un remake du fameux Godzilla japonais. Peu surprenant donc que Bong Joon-ho remette immédiatement les choses au point, en désignant un scientifique américain comme coupable de l’anomalie génétique qui écume les égouts du fleuve Han. Le film est également truffé de petites piques assassines envers les maîtres du monde pollueurs du dimanche et champions de la désinformation.


Loin de n’être qu’une resucée coréenne d’Alien, The Host trouve très vite son ton et son originalité. Les héros sont ici de simples quidams, une famille de losers généreux avec un grand-père énergique, un paternel ronfleur, une championne de tir à l’arc placide, un diplômé chômeur et une petite fille énergique. La disparition de cette dernière dans les eaux sombres de la rivière oblige les adultes à s’unir et à se prendre en main. Personne ne les prend aux sérieux hormis un SDF taciturne. La chasse au monstre sera donc artisanale et bordélique, précipitée et implacable. Exit les gros bras et les bimbos convoqués par les films fantastiques américains, The Host bénéficie d'un supplément d'âme. Si Bong Joon-ho se moque parfois de ses personnages – la distance ironique est presque une tradition du cinéma coréen -, il leur voue aussi un amour véritable qui transpire à grosses gouttes sur la pellicule. La moindre saynète familiale touche en plein cœur et les étreintes amènent les larmes.


Mais quand un personnage pleure à l’écran, le fou rire n’est jamais loin. Bong joue le contre-pied à la perfection, en désamorçant les montées lacrymales d’une pincée de burlesque. Alors qu’une veillée mortuaire est organisée, la famille se retrouve devant le portrait de la petite fille disparue. Les sanglots d’abord étouffés deviennent déchirants puis la messe se transforme en pugilat devant une foule de photographes. L’une des autres réussites de The Host est, bien sûr, la créature elle-même. Tantôt pataud, tantôt d’une vitesse redoutable, ce calamar à pattes ne figure dans aucun bestiaire classique et exerce un sentiment de fascination/répulsion assez prononcé. Dommage que Bong soit plus à l’aise dans la comédie et l’étude de caractère que dans le suspense. Si la première apparition de la bête est un vrai et beau morceau de bravoure, il faudra attendre l’affrontement final pour retrouver le grand frisson, doublé d'une émouvante pirouette.







Interview :


Primé à Saint-Sébastien et à Cognac, Memories Of Murder évoque l’enquête sur une série de meurtres survenues à partir de 1986 dans la campagne coréenne.

Depuis qu’il multiplie les récompenses dans les festivals, le cinéma coréen dévoile un peu plus un pays dont la partition reste encore symbolique d’une douloureuse page de l’histoire de la guerre froide. Memories Of Murder qu’on pourrait approximativement traduire par " souvenirs de meurtre " s’inspire d’un fait divers qui a bouleversé le pays de 1986 à 1991. Dix femmes, âgées de treize à soixante et onze ans, ont été violées et assassinées dans un rayon de deux kilomètres. En dépit de moyens gigantesques, l’auteur - ou les auteurs - de cette vague de meurtres inédite n’ont jamais pu être arrêtés. C’est dans les pas des policiers chargés de l’enquête que Bong Joon-ho nous entraîne. Le talentueux cinéaste ne se contente pas de réaliser un polar efficace. Ce deuxième long métrage figure également une passionnante chronique rurale de la Corée avant l’instauration de la démocratie. C’est aussi le décryptage des méthodes empiriques de la police et de l’arrivée poussive des outils scientifiques dans les enquêtes. èuvre drôle et tragique, Memories Of Murder est le somptueux film de l’arrivée de la modernité dans la campagne coréenne. Rencontre.

Pourquoi avoir situé votre film dans cette période charnière de l’histoire du pays ?

 Le titre évoque le souvenir de la communauté coréenne dans les années quatre-vingt. C’est le souvenir du passé et d’un échec de l’histoire de la Corée. Mais ce film parle aussi du présent. Pour les spectateurs occidentaux, ce n’est qu’une histoire policière mais pour les spectateurs coréens, c’est beaucoup plus important. Les faits n’ont pas vingt ans et même si, en Corée, tout change à une très vive allure, les gens se rappellent de ces vingt dernières années et des souvenirs très douloureux qu’elles évoquent.

Comment aviez-vous imaginé le film ?

 Par rapport au premier stade de l’écriture, l’idée du film a beaucoup évolué. Seules ma colère et ma tristesse n’ont pas changé. Mon évolution tient plutôt à mon regard sur les deux policiers. Au début, je portais un regard très cynique, froid et distant sur les deux protagonistes. C’était des gens incapables, violents. Mais après avoir rencontré une foule de policiers pour la préparation du film, j’ai changé d’avis. J’ai presque éprouvé de la sympathie pour eux. Il se dégageait d’eux une certaine humanité et une émotion.

Vous semblez avoir un goût prononcé pour l’ambivalence et le paradoxe.

 Parfois, même dans les situations les plus tragiques, je rigole dans mon for intérieur. En revanche, quand les gens rient autour de moi, il m’arrive d’avoir des pensées assez tristes. Je ne voulais pas délibérément mélanger certains aspects comiques et tragiques. Ça vient de mon caractère. J’ai naturellement suivi le cours des choses sans vouloir ajouter des ingrédients. En Corée, il y a une expression qui désigne quatre éléments : la joie, la colère, la tristesse et le bonheur. Ce mot désigne toutes les émotions que ressentent les humains dans leur quotidien. C’est à cette image que j’ai voulu faire le film. Je ne voulais pas qu’il soit ancré dans un genre. Dans les films bien codés, on ne voit que des personnages charismatiques et sérieux, je voulais les personnages les plus humains possible.

En 1986, la démocratie n’avait pas encore été instaurée en Corée. Comment un tel film aurait-il été perçu et quels sont les tabous encore en vigueur dans le cinéma de votre pays ?

 En 1986, je n’aurais pas pu faire ce film. L’un des commissaires apparaît comme un incapable et en plus il est violent. Je n’aurais donc pas pu le montrer. Mais à partir du moment où la dictature militaire a disparu, les jeunes réalisateurs ont très vite pu s’exprimer librement. Les thèmes abordés sont aussi bien politiques qu’historiques. La seule limite reste la pornographie hardcore mais vu la classification, j’imagine que le public serait restreint.

Qu’en est-il de la question épineuse du rapport entre les deux Corées ou de la présence des GI sur votre territoire ?

 Il n’y a pas du tout de censure ou de pressions concernant des limites politiques. Elles n’existent plus du tout. En revanche, il peut y avoir un problème de financement. Il faut trouver un producteur capable de produire des éuvres sur de tels sujets. Mais, par exemple, un documentaire sur des prisonniers de gauche capturés pendant la guerre de Corée vient de sortir. Il offre une vision très progressiste sur la séparation du Nord et du Sud. La critique a été très bonne. Ce n’est pas un film très commercial mais il a trouvé son public. C’est vrai qu’il reste des thèmes toujours délicats à évoquer mais le problème vient davantage de restrictions commerciales et financières que de la censure où il n’y a plus aucune restriction.

Quelle réaction le public coréen a-t-il devant l’évocation ironique de la Corée dictatoriale ?

 Depuis les années quatre-vingt-dix et l’instauration de la démocratie, les spectateurs coréens sont très habitués à ce genre de représentation de l’État ou de l’histoire. Bien sûr, un film de ce genre aurait beaucoup plus choqué dans les années soixante-dix ou quatre-vingt mais, depuis quelques années, beaucoup de longs métrages portent un regard cynique sur cette période.

N’est-ce pas un moyen d’éviter l’évocation de problèmes plus contemporains ?

 Un critique sud-coréen l’a récemment souligné. C’est vrai que beaucoup de films d’aujourd’hui parlent des années quatre-vingt. Je pense que ce souvenir soulage les spectateurs. Mais le plus dangereux dans le traitement de ces sujets vient du ton nostalgique de certains de ces films.

Votre film est aussi l’opposition classique dans le genre entre deux policiers aux méthodes divergentes ?

Le personnage du commissaire, muté de Séoul, peut rappeler les films hollywoodiens où un policier du FBI ou un membre de la CIA vient résoudre une affaire dans les campagnes. En fait, ce n’est pas le cas. Je me suis vraiment inspiré de la réalité coréenne. Dans les années quatre-vingt, lorsqu’une grosse affaire survenait dans les campagnes, on envoyait très souvent des policiers de Séoul pour l’enquête. C’est beaucoup moins le cas maintenant. Mais à cette époque, il y avait vraiment une différence entre les commissaires.

Votre film évoque aussi l’arrivée d’une certaine modernité dans les campagnes.

 Le film commence par des paysages ruraux et au fur et à mesure, beaucoup d’usines apparaissent. La modernité accompagne aussi les personnages. Les deux premiers suspects sont des gens de la campagne. L’un est même carrément l’idiot du village. Par contre, le troisième a un côté très urbain. Cette contradiction entre les mondes rural et urbain est typique des années quatre-vingt. Mais, en fait, c’est l’époque qui l’emporte sur le contraste ville campagne.


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