Jacques Tati, cinéaste visionnaire ?
À
l'heure de la mondialisation ou de ce que certains appellent encore le
« village global », on est surpris de voir combien la ville
ultramoderne de « Playtime » annonce l'uniformisation de notre
société : un lissage de notre mode de vie heureusement repoussé par
tous les joyeux fêtards de la seconde partie du film, annonciatrice des
grands mouvements anti-mondialistes de notre époque. Pour montrer le
passage de l'une (la ligne droite et l'ordre) à l'autre partie (le
cercle et la fantaisie), procédez à un état des lieux de la modernité
selon Tati. Alors que le gigantisme et la géométrie retiendront notre
attention, expliquez préalablement pourquoi Tati a choisi le 70 mm.
« Tativille » est née des nombreuses observations du monde par le
cinéaste. Soulignez-en les influences architecturales et picturales.

Aéroport de Brasilia au Brésil
Grâce
au format 70 mm (écran très large, type CinémaScope), Tati montre des
immeubles entiers ou, à l'image de la première séquence, il fait entrer
dans le cadre d'immenses volumes intérieurs ainsi qu'une bonne partie
de la façade de l'aéroport d'Orly. Le tout est filmé en plans
d'ensemble ou demi-ensemble, ce qui revient, au vu du rapport
cadre/focale, à une sorte de « gros plan large » tant ce qui s'affiche
sur l'écran semble démesuré. En outre, le 70 mm favorise la profondeur
de champ et permet de souligner les lointaines lignes de fuite sans
omettre aucun détail étant donné la grande netteté de l'image.
Pour
Tati, le 70 mm au large bord est capital. Il lui permet « d'agrandir »
le décor au point de faire de lui un personnage à part entière du film
dans lequel l'homme apparaît diminué et écrasé. Le héros perd, par
conséquent, son statut de protagoniste et le gag se « démocratise »,
selon le mot de Tati, dans la mesure où l'attention du spectateur est
dispersée dans l'immensité de l'image. La hiérarchie des personnages
est renversée : chacun a droit au même regard. Hulot n'est alors plus
qu'un parmi d'autres « petits personnages », eux-mêmes perdus au milieu
d'une multitude de détails.

Parce que le 70 mm permet d'inscrire une quantité d'actions différentes dans l'espace d'un même plan (procédé annonciateur du splitscreen qui
consiste à découper l'écran en plusieurs parties pour obtenir une image
composite), l'écran fourmille de détails signifiants qui obligent le
spectateur à un regard éminemment actif. Le langage cinématographique
est alors complètement bouleversé, dans sa forme et dans sa structure.
Dans sa forme parce que ce n'est plus la caméra qui guide le regard du
spectateur en lui indiquant ce qu'il y a à voir, mais c'est le
spectateur lui-même qui doit chercher à lire l'image. Quant à la
structure du récit, déjà particulièrement digressive, elle se trouve
parasitée par la simultanéité des choses à voir qui conduit en quelque
sorte chacun à construire sa propre histoire. La sinuosité esthétique
et narrative (tant contestée par la critique) contre la pureté linéaire
du récit : un acte de foi cinématographique chez Tati.

Que
nous donne à voir ce fameux cadre ? Une ville aux proportions
gigantesques à laquelle Tati rend hommage pour la beauté et la pureté
redoutables de ses lignes. Le premier plan sur l'immeuble (sorte de
tour de Babel) en contre-plongée traduit l'ambivalence d'un sentiment
dont l'émerveillement et la frayeur sont les deux pôles. La ville de Playtime est
une cité nouvelle, lumineuse, époustouflante d'ordre et de majesté, aux
hautes tours et buildings massifs, « une ville debout » comme dirait le
héros du Voyage au bout de la nuit. On
mettra ici en relation le mélange de fascination et de perplexité
ressenti par des écrivains comme Céline, Sartre ou Morand lors de leur
arrivée à Manhattan. On pourra également convoquer les futuristes
italiens pour montrer les excès du culte du monde moderne.
Mais
du fait de sa modernité, c'est aussi une ville orgueilleuse (snobisme
du Royal Garden), démesurée (voir le parcours de M. Giffard dans
« l'interminable couloir » pour rejoindre Hulot qui attend assis),
contraignante (les déplacements à angle droit dans l'aéroport par
exemple), glaçante de propreté (l'agent de nettoyage traquant une
saleté désespérément absente) et d'autorité (le pas cadencé du
militaire allemand dans l'aéroport comme signe de l'impérialisme diffus
de la modernité sur l'homme).
La ville moderne selon Tati est
géométrique. À l'extérieur comme à l'intérieur. Durant la première
séquence en particulier, l'espace quasi cubiste n'est que lignes
parallèles, diagonales, perpendiculaires, plans, volumes, angles,
encadrements, rangées symétriques... On dirait un espace en trois
dimensions tant les perspectives vertigineuses semblent creuser
l'écran. Le contexte conditionne les esprits. Au cours de la même
séquence, on remarque que chacun adopte une démarche rectiligne et à
angle droit comme s'il suivait par mimétisme quelque ligne imaginaire.
Si l'on ajoute les tracés au sol ou sur les murs, couloirs,
tourniquets, escaliers mécaniques, etc., le comportement humain prend
des allures d'automate pour devenir, à force de raideur, franchement
pathologique (efficacité et respectabilité ostentatoires de Mr Lacs
attendant son rendez-vous devant un Hulot médusé).
Tous
les êtres agissent comme si la simple circulation du corps était
soumise à un strict principe d'obéissance et de rationalité du temps et
de l'espace. C'est partout le règne de l'ordre et du rectiligne contre
la sinuosité qui, en outre, est le principe d'évolution géométrique et
idéologique du film. Toute fantaisie ou inattention semble exclue ou
passible d'une sanction (le meilleur exemple est le gigantesque
carambolage dans Trafic). Ajoutons que
dans ce monde aseptisé où le métallique l'impose à l'organique, le
simple fait de fumer (le portier fume son cigare en cachette) et de
boire (Giffard se cache de sa femme) est interdit.

Faut vraiment être con, habitations urbaines : Playtime... (ile de Nantes).
Critique ou non, Playtime doit
être vu comme l'œuvre d'un homme impressionné par le design et
l'architecture moderne. Mobilier domestique avec ses fauteuils en skaï
(partout identiques !) aux bruits inconvenants ou mobilier urbain avec
ses réverbères, mornes fleurs des villes répétées à l'infini, les
objets de Playtime sont des choses
étranges qui participent d'un progrès technique et esthétique auquel
l'homme doit savoir s'adapter. Une adaptation qui signifie ici, hélas,
domestication des goûts et des comportements comme le prouve avec une
innocente conviction le jovial ami de Hulot (mêmes vêtements, mêmes
voitures, mêmes appartements équipés d'une télévision).
Tati
a été influencé par divers architectes anciens et modernes comme
Le Piranèse, Le Corbusier, Mies van der Rohe (ancien dirigeant du
Bauhaus) qui, en 1958, défraie la chronique à Manhattan avec son Seagram Building, audacieuse union de béton, d'acier et de verre... Aussi Playtime célèbre-t-il
ironiquement le triomphe d'une époque qui projette ses fantasmes et ses
certitudes dans une architecture révolutionnaire et globalisante
(rappelons que l'architecture est l'art de l'assimilation et de la
transformation du monde perceptible).

La cité radieuse : Nantes, Le Corbusier.
Le
verre est le principe matériel le plus « visible » de l'architecture
moderne. Il universalise l'espace en donnant le sentiment illusoire
d'abroger les limites intérieures/extérieures. C'est un matériau qui
fonde le règne de l'apparence sur la réalité où Paris, par exemple, est
réduit à quelques reflets métonymiques d'une légende de cartes
postales.
Le cas des
appartements-vitrines repose d'abord sur la même idée de transparence.
Convié à observer l'intimité du « home » de Schneider, le spectateur
est placé dans une position de voyeur. Toutefois, s'il peut observer,
il n'entend rien. Ce qui revient à dire que montrer, c'est cacher. À
cet exhibitionnisme social succède l'exhibitionnisme sexuel. Après le
départ de Hulot, Schneider donne l'impression d'effectuer un
strip-tease devant sa voisine d'appartement, Mme Giffard. L'illusion
d'optique est obtenue grâce à la convergence du regard des deux
personnages qui se font face et à la position de la caméra qui cache le
mur mitoyen qui les sépare derrière la colonne de l'immeuble. L'idée de
l'adultère devant un Giffard qui promène son chien au premier plan
aboutit à un gag particulièrement savoureux.

Le gag vient du fait qu' il y a en fait deux apparts séparés par une cloison...
On sait également, grâce à ses nombreuses déclarations, que Tati a construit « sa »
ville comme un peintre abstrait conçoit sa toile (« Je me place sur le
plan d'un peintre qui fait sa toile », déclare-t-il aux Cahiers du cinéma en 1979). Formé à l'école de l'artisanat du cadre ancien (son père était encadreur de tableaux), Tati
a préparé l'École nationale des arts et métiers. C'est donc avec un
souci naturel de l'organisation des lignes et des couleurs qu'il peint
l'écran au point de reléguer (surtout dans la première partie du film)
la figuration et le récit à portion congrue. Utilisant la couleur comme
un élément dramaturgique à part entière, Playtime peut
être vu comme une fresque abstraite où, à côté des influences de
Mondrian, Klee et Malevitch, apparaît la présence de Dufy derrière le
comptoir du drugstore (réplique de La Fée électrique avec différents monuments de Paris). On appréciera aussi le clin d'œil de Tati à Pieter Bruegel en comparant La Danse de la mariée en plein air à
la scène de danse endiablée du Royal Garden où la couronne, emblème du
restaurant visible sur les murs, fait écho à la couronne nuptiale
peinte sur un linge en haut à gauche de la toile de l'artiste flamand.

La Danse de la mariée en plein air (1566)
Huile sur bois 119 x 157 cm
Detroit, The Detroit Institute of Arts, city of Detroit Purchase
L'espace
moderne se réduit à un immense labyrinthe : Hulot et son spectateur
sont perdus. À partir du déplacement des personnages, on soulignera la
volonté de domestication de l'être humain qu'un environnement aux
teintes grises neutralise en douceur. Or, si gadget et culture ne font
plus qu'un, n'y a-t-il pas abandon des valeurs ? La réduction de
l'espace-temps n'est-elle pas un autre facteur de la perte d'identité
de l'individu ?
Wassily KANDINSKY
"Trait transversal - 1923"
Monde
oppressant de silence (couple qui chuchote, bruit des pas et chute du
parapluie d'un faux Hulot aussitôt sanctionnée par des regards
inquisiteurs dans l'aéroport), la ville de Playtime est
un espace où le spectateur autant que les personnages abandonnent leurs
repères. En effet, si Hulot perd littéralement pied (même le sol n'est
plus sûr) et s'égare dans les bureaux-labyrinthes et les
reflets-vitrines à la recherche de M. Giffard, le spectateur a lui
aussi bien du mal à s'y retrouver au début du film (hall d'aéroport,
hôpital, salle d'attente d'un grand centre d'affaires ou lieu de culte
de quelque temple futuriste ?). Une absence des repères qui conduit
naturellement à la perte d'identité (confusion apparence/réalité
scandée par les reflets, matité absorbante des surfaces, ressemblance
des êtres, multiplication de Hulot).

Au
rigorisme et à la répétition des formes correspond la neutralité des
sons et des tons. Une palette de gris-blanc-beige pour des vêtements et
accessoires à l'identique parachève l'entreprise d'assimilation des
êtres : complets dans les tons gris, chapeau et porte-documents pour
les hommes, jupes/robes étroites de mêmes tons, sac à main et bibi
(fleurs fraîches le matin, fleurs fanées le soir) pour les femmes. À
l'élégance de défilé de mode des unes (émancipation de la femme qui
s'affirme par une surféminité associée au « temps des loisirs »)
correspond la silhouette stricte des autres (le monde de pouvoir du
travail). Le gris omniprésent du décor neutralise tout et tous.
Jean Bourgoin qui travailla un moment sur le projet de Playtime : « Je
pense que l'ensemble devra être très neutre en couleur (...). Une cité,
univers concentrationnaire avec de temps en temps une touche d'humanité
(...). Ça peut être un film d'une extrême violence sans en avoir l'air. » (In Playtime de François Ede et Stéphane Goudet.) Difficile ici de ne pas penser à un film comme THX 1138 de George Lucas où le blanc omniprésent exerce une tyrannie silencieuse sur les êtres humains.

Pour Tati,
les années 1960 sont surtout l'époque du culte du gadget qui, à côté de
sa fonction, devient lieu et objet de culture de masse. Horreur ! Les
touristes américaines préfèrent aller au Strand des Arts ménagers où
l'on peut admirer des colonnes-poubelles grecques plutôt que de visiter
le Louvre. Tourisme et culture sont désormais de simples marchandises
dans une société de consommation qui entretient la confusion des
valeurs. On l'a compris, une société capitaliste qui dégage de plus en
plus de temps libre ne saurait séparer le commerce (donc le travail)
des loisirs sans risque d'effondrement. « Time is money », dit l'adage lancé par Schneider à propos de l'horodateur.

Lignes
et angles droits, circulation des corps-automates, piège de la
ressemblance des êtres, des choses et des lieux, chaque grande ville du
monde reproduit la même architecture (voir les affiches dans l'agence
de voyage : Mexico, Tokyo, Stockholm, Holand,
Hawaï... et toujours le même immeuble). Produits et gadgets sont
reproduits partout à l'identique comme le suggère l'exclamation d'une
Américaine : « I feel at home everywhere I go ! » Une trentaine d'années avant qu'un grand débat social sur la globalisation n'occupe les esprits, Tati
avance l'idée selon laquelle en raccourcissant l'espace-temps
(omniprésence de l'idée de voyage et de déplacement en avion), les
sociétés modernes réduisent leurs différences.
Un
autre moyen de locomotion très rapide fournit sous forme de gag une
autre explication. L'ascenseur qu'emprunte Hulot annihile quasiment
l'espace, suspend le temps et dissout l'effort. Résultat : Hulot a
l'impression de ne pas avoir bougé. Tout est identique. Bouger revient
à rester en place ou, inversement, à être partout et nulle part à la
fois.

Ce que Tati
fustige ici, c'est l'inauthenticité et l'aliénation du mode de vie
moderne. Le parcours emprunté par Hulot en montre l'absurdité et
appelle à une errance à visage humain. Il apparaîtra également
intéressant de comparer cet aimable travail d'humanisation à celui plus
brutal prôné par l'Internationale situationniste de Guy Debord
qui souhaite réconcilier l'homme et ses émotions avec un urbanisme
devenu strictement fonctionnel. Il s'agit pour le mouvement
contestataire né au cours des années 1950 de déambuler et de se
réapproprier l'espace urbain en créant selon sa terminologie une
« psychogéographie ». S'il est bien sûr peu probable que l'auteur de Playtime ait été familier de cette révolution permanente, son Hulot, hurluberlu lunaire, invite néanmoins à briser la ligne et à flâner.

À
l'instar des situationnistes qui préconisent le « détournement », idée
consistant à détourner une chose de sa fonction pour lui en assigner
une autre, force est de constater que la seconde partie de Playtime menant
au Royal Garden à l'image de l'œuvre cinématographique de Tati est un
modèle de recyclage des objets (l'horodateur-juke-box pour le
carrousel). Son intention déclarée est de montrer comment « des types
prisonniers de l'architecture moderne parce que les architectes les ont
obligés à circuler toujours en ligne droite » parviennent à retrouver
leur personnalité dès lors que la surveillance, garante de l'ordre, est
un tant soit peu relâchée. Notons la présence des huit portraits,
véritable réseau inquisiteur, dans la salle d'attente du centre des
affaires.

L'humanité
est-elle menacée dans son propre monde ? Confusion des valeurs et
universalisation des êtres et des lieux ne conduisent-elles pas à la
facilité et à l'appauvrissement intellectuel de l'être humain ? Quoi
qu'il en soit, Tati lance un avertissement : la maladie et la mort sont
discrètement présentes dans « Playtime ». Pour conjurer le destin, le
cinéaste nous suggère de réhumaniser notre environnement. Joie,
fantaisie et fête sont au programme de la vie de l'homme libre.

Le
comique burlesque de Tati naît en partie de la distance qui sépare
l'individu du monde moderne et des situations ridicules qu'elle
engendre (le portier face à l'interphone au nez rouge dans Playtime).
Pour faire face à ce qui lui échappe, Hulot détourne (volontairement ou
non) la nature des choses et leur assigne un autre rôle. On remarquera
toutefois que cette petite victoire du personnage amuse plus pour
l'incongruité de son nouveau but que pour son détournement lui-même.
Toujours est-il qu'en dégradant les choses, Hulot révèle le cauchemar
du quotidien et la folie du monde moderne. On reconnaîtra, par
ailleurs, que s'il « vole » le sens des choses, il ne dérobe jamais
rien, ni n'enfreint jamais de règles. Il s'applique même à se placer du
bon côté de la loi. Or, c'est bien souvent à force de vouloir la
défendre ou d'y participer qu'il sème le trouble dans l'ordre public.
Pour
Tati, la parole est un bruit comme un autre. C'est pourquoi, réduisant
le dialogue au strict minimum ou à quelques onomatopées, il lui préfère
la pantomime et le bruitage. Deux procédés au service d'une comédie
burlesque qui montrent combien Tati, tout en la renouvelant, désire
s'inscrire dans la tradition du muet et de la sonorisation. Avec le
bruitage, Tati recrée artificiellement les sons pour leur donner une
valeur dramaturgique comique. Il exacerbe ainsi la réalité pour mieux
la détourner et la ridiculiser. Naissent alors le rire et la réflexion.

Si
Tati avait besoin de temps pour faire ses films, il avait aussi besoin
d’argent : il engloutit des millions dans l’édification du gigantesque
décor futuriste de Playtime. Le tournage s’y prolongea des mois ; le
légendaire perfectionnisme du cinéaste ne fut pas responsable de tous
les retards, car il fallut souvent attendre l’arrivée d’argent frais !
Et lorsque apparurent enfin sur l’écran géant de l’Empire ces images
bourrées de gags dans leurs moindres recoins, certains crièrent à la
démesure, à la mégalomanie... Vaincu par l’incompréhension d’une
critique pressée et par les mises en demeure de ses créanciers, Tati du
tailler dans le vif, couper des séquences entières. Rien n’y fit, car
le public n’était plus au rendez-vous. Déjà gorgé de télévision et
bombardé d’images choc montées au pas de charge, il avait perdu cette
patience qui lui avait permis, dix ans auparavant, de s’introduire en
douceur dans le monde nonchalant de M. Hulot.

Confronté à l’échec de son entreprise prométhéenne, Tati trouva quelque réconfort dans les louanges prodiguées par certains confrères, en particulier celles de François Truffaut qui lui écrivit : "C’est
un film qui vient d’une autre planète où l’on tourne les films
différemment. Playtime, c’est peut-être l’Europe de 1968 filmée par le
premier cinéaste martien, "leur" Louis Lumière ! Alors il voit ce que
l’on ne voit plus et il entend ce que l’on n’entend plus et le filme
autrement que nous".

Après Trafic qui ne lui permis pas de renouer avec le succès ni d’éponger ses dettes, Tati se
voit offrir, par la télévision suédoise, l’opportunité de réaliser un
film avec les moyens techniques et financiers des productions
télévisuelles. C’est Parade (1974) où Tati revient
au cirque et au music-hall de ses débuts. En bon M. Loyal, il présente
une succession d’attractions entre lesquelles il reprend ses pantomimes
d’autrefois : le footballeur, le pêcheur à la ligne, le tennisman, la
cavalier... Ce sera son dernier film.

Après Playtime,
cette oeuvre titanesque, aura eu raison de celui qui avait cru possible
de faire tenir le monde dans un écran, d’y faire entrer à sa suite des
millions de spectateurs et de y les laisser retrouver leur chemin,
armés d’intelligence, de sensibilité et de la certitude qu’au terme du
voyage, un éclat de rire les délivrerait de l’angoisse.
Salué de son vivant comme un génie, Jacques Tati s’est
ruiné dans une création toujours plus originale et plus
perfectionniste: il a lutté jusqu’au bout, malgré la faillite de sa
société de production et la vente aux enchères de ses grands films, qui
ressortirent pourtant au cinéma et à la télévision quelque temps avant
sa mort. On a relevé chez lui l’influence des précurseurs du burlesque
français: Jean Durand, Max Linder; il doit également beaucoup, par son personnage de M. Hulot, au grand Américain Buster Keaton.Jacques Tatischeff décède le 5 novembre 1982 à ParisIl reste l'exemple d'un inventeur comique, foudroyé, après une période de succès, par les contraintes économiques du cinéma.

Dédicacé à Mon " Oncle ".......

Trackbacks
Pour faire un trackback sur ce billet : http://cinecinema.zeblog.com/trackback.php?e_id=217690
Commentaires
Ajouter un commentaire