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Jacques Tati

Par nani :: 27/06/2007 à 4:53

           Jacques Tati
                   



 
Jacques Tatischeff nait au Pecq, dans la banlieue Ouest de Paris, le 9 octobre 1908.
De père russe et de mère française, son grand-père, le général Dimitri Tatischeff, était ambassadeur du Tsar à Paris.
Après des études au lycée de SaintGermain-en-Laye, Jacques Tati travaille avec son père,  encadreur d'"ancien", à Paris.
Il prépare le concours d'entrée à l'École Nationale des Arts-et-Métiers et se destine le plus naturellement du monde au métier d'encadreur...



En parallèle il se passionne pour tous les sports : boxe, football, tennis, équitation et surtout rugby (il joue en première division au Racing-Club de France).
Au grand mécontentement de son père et encouragé par ses coéquipiers , qui décèlent en lui un talent comique, il monte des spectacles humoristiques de pantomime sur le sport.
Se produisant sur des scènes de music-hall il est acclamé par le "Tout Paris" dès 1934.
Tati,  commence alors à vouloir porter ces numéros à l écran.
Il investit alors ses cachets dans des courts métrages et notamment  L' école des facteurs (1947) , ultime brouillon du film auquel il pense depuis son Retour à la terre où sévissait déjà un impayable facteur rural.



En 1932, il réalise son premier court métrage, « Oscar champion de tennis ».
 De 1934 à 1938,  On demande une brute, Gai dimanche, soigne ton gauche (1936-co-réaliser  avec René Clément), retour à la terre. Il s'attaque ensuite  à   L' école des facteurs (1947,13mn) ,disponible 
ici  , prélude à Jour de fête  qu'il entreprend la même année.  C' est dans l école des facteurs que Tati crée le personnage de François le facteur.



 De 1932 à 1947 il tourne donc 6 courts métrages,  inspiré en partie par les chefs d oeuvres du burlesque américain, dont il est un très grand admirateur.


Oh putain  la photo : Buster Keaton, Jacques Tati et Harold Lloyd.

Après la guerre, il fait quelques apparitions dans des longs métrages
 (Sylvie et le fantôme et Le diable au corps de Claude Autant-Lara).


La traversée de Paris, claude Autant-Lara

En 1942, pendant la guerre, Tati et son ami et collaborateur Henri Marquet s' étaient  réfugiés  au Marembert près de Sainte-Sévère  où ils y ont passés plusieurs mois. C'est dans cette localité qu'il connaît donc bien que Tati tournera Jour de fête, en 1947, son premier long métrage.



Titre : Jour de fête
Sénario, Dialogue, Réalisation et Interprétation : Jacques Tati
Sortie : Juin 1949
Durée :1H30
Tournage en studios et extérieurs à Sainte-Sevère-sur-Indre.





Jour de fête, premier  " long "  de Jacques Tati.
Ce film, que Tati réalise et interprète en 1949 et que les distributeurs, maîtres de la sortie en salles, ne trouveront pas drôle...
Heureusement, une projection surprise, à Neuilly, connaît un triomphe grâce auquel Jour de fête peut enfin rencontrer un immense public, surpris et ravi de rire autant.




Il remporte un succès inattendu à la Biennale de Venise 1949, où il est récompensé d'un Prix de la mise en scène.
Refusant d'employer des vedettes et de recourir à de grosses structures de production, Jacques Tati  va petit à petit construire  une oeuvre burlesque fondée sur une observation du quotidien déshumanisé de la société moderne.
 Il sait également innover techniquement, tournant en 70 mm, faisant construire des décors stylisés, donnant une importance primordiale au son dans lequel se noient les dialogues.



Dans le petit village de Folainville, au cœur de la France profonde, chacun contribue aux préparatifs de la fête annuelle. Tandis que les forains installent leurs manèges sur la grand-place, François le facteur poursuit sa tournée tout en mettant, lui aussi, la main à la patte. Jusqu'au moment où il passe la tête dans une salle de cinéma improvisée qui projette un documentaire sur le système postal aux Etats-Unis. Fasciné, François entreprend alors de distribuer le courrier "à l'américaine"…



Jacques Tati se lance  dans l'aventure de son premier "long", en mettant de nouveau en scène le personnage de François le facteur. Disposant d'un budget réduit au minimum, le cinéaste met l'ensemble des villageois à contribution et fait appel à une majorité de comédiens non professionnels. Ce qui donne un sentiment de fraîcheur et d'authenticité à cette joyeuse chronique rurale qui emprunte parfois au style documentaire. Pour autant, Jour de fête est avant tout une comédie pleine de fantaisie poétique qui revisite avec bonheur le burlesque cher à Mack Sennett et Buster Keaton : il faut voir ce magnifique comédien qu'est Tati, sorte d'Arlequin perché sur son vélo, fendre un troupeau de vaches ou entamer une série de moulinets pour chasser une guêpe sous le regard consterné d'un paysan…



Ce génie comique, assez proche du cinéma muet, se retrouve dans l'apothéose de la tournée finale, chef d'œuvre de virtuosité acrobatique où François remet à chaque fois les lettres de la manière la plus cocasse, épinglant un pli sur une fourche ou le glissant dans une moissonneuse…
Quant au travail époustouflant sur la bande-son, il rythme le film tout en ancrant le spectateur dans la réalité la plus concrète de Folainville.



Trois version différentes existent de ce film. A l'époque du tournage, il était possible de produire de la pellicule couleur mais personne ne savait encore l'exploiter et la distribuer. Dans cette optique, Jacques Tati a tourné avec deux caméras côte à côte, l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.



Cette dernière est sortie en 1949. Elle a ensuite été colorisée (des personnes peignent, à même la pellicule, pour tenter de redonner les "couleurs d'origine". L'opération recommencée pour chaque photogramme (24 pour une seconde, imaginez le travail !). La pellicule couleur, a été retrouvée et exploitée par sa fille en 1995.



Jour de fête aurait dû être un des premiers films français en couleur de l’après-guerre, avec Le Mariage de Ramuntcho (1947)  de Max de Vaucorbeil, tourné avec des stocks d' Agfacolor récupérés après la Libération, et  La Belle Meunière de Marcel Pagnol ( procédé additif Rouxcolor ). La société Thomson-Houston avait proposé à Tati d'utiliser un nouveau procédé, baptisé « Thomsoncolor », pour lequel elle fournissait pellicule et assistance technique. À l'époque, le procédé Technicolor  n’était pas encore utilisé en France, le seul laboratoire européen se trouvait en Grande-Bretagne, et le coût élevé du procédé était très au-delà des possibilités financières des productions françaises dans la pénurie de l'après-guerre.



Tati et son producteur Fred Orain acceptèrent donc l'offre de Thomson, mais sur les conseils du chef opérateur ,Jacques Mercanton les prises de vue en couleur furent « doublées » avec des prises simultanées en noir et blanc, ce qui sauva le film, puisque Thomson s'avéra incapable de tirer des copies couleur d'après le matériel original. Ce procédé additif utilisait une pellicule gaufrée, l'optique de la caméra était équipée d'un filtre rouge-vert-bleu qui assurait une sélection trichrome sous forme d'un réseau ligné derrière le gaufrage.



Le film sortit à Paris en 1949 et rencontra le succès. Mais Tati regretta toujours de ne pas pouvoir présenter son œuvre en couleurs. Il avait pris soin lors du tournage de faire peindre les portes des maisons en gris et d'habiller les villageois de couleurs sombres. Il comptait ainsi mettre en évidence l'arrivée des forains, qui apportaient gaieté et couleur dans le village. C'est probablement cet échec technique qui le poussa à imaginer une autre solution. En 1961, à la demande de Bruno Coquatrix, il monte « Jour de Fête à l'Olympia », un spectacle combinant des scènes de music-hall et la projection d'extraits de son film. À cette occasion, certaines scènes sont partiellement coloriées par un procédé connu sous le nom de «pochoir ».



Cette expérience l'encourage à ressortir une nouvelle version du film, avec des inserts en couleurs, qui est présentée au public au cinéma l'Arlequin en 1964. Des scènes sont retournées comportant un nouveau personnage : un peintre qui fait office de narrateur, et justifie l'arrivée de la couleur dans le film. La bande sonore est entièrement réenregistrée sur pellicule magnétique.



L'histoire ne s'arrête pas là. En 1988, Sophie Tatischeff, monteuse et fille de Jacques Tati, et Francois Ede, chef opérateur, entament un minutieux travail de restauration et de montage à partir du matériel original qui avait été conservé. Le système optique qui permet d’obtenir la restitution des couleurs est reconstitué, et permet plus de quarante ans après le tournage de retrouver les couleurs d’origine. La restauration de cette version inédite est présentée au public le 11 janvier 1995, en ouverture de la célébration du centenaire du cinéma.



Le personnage de François ne présente que quelques traits simples : naïveté, conscience professionnelle, enthousiasme, maladresse. Ce personnage typé a parfois été mis en parallèle avec Charlot (silhouette et démarche très marquées), mais caractériellement, ils sont très différents. François (plus tard Hulot) est un gaillard joyeux, simple, peu susceptible, aimant trinquer : c'est un personnage moins... intellectualisé :



François, témoin d' une France rurale en voie de disparition.



Quelques photos du film suivies de commentaires :



-L' arrivée de la fête de la foraine dans le village représente l élément déclancheur, tout le monde est sur le pied de guerre, il faut repeindre, retapper, se faire beau, installer le drapeau correctrement : c' est jour de fête !




-Après l avoir consciencieusement saôulé, deux forains montrent à François un film documentaire sur le fonctionnement de la poste aux états-unis.



François  obsèrve l' admiration des gens devant les progrès de la poste u.s. et devient la moquerie du village.
 Le lendemain au réveil, François n a qu une seule obséssion : faire sa tournée à l Américaine !
Ceci nécéssite un peu d entraînement...

 Tati  était l' un des rares à aborder le sujet du progrès dans les sociétés modernes, de la société de consommation,la publicité à outrance, l overdose du toujours plus, toujours plus vite, toujours plus rentable...
 Manifestement désireux de replacer l Humain au centre de ses activités, il montre souvent dans ses films une " Machine " qui s' emballe et des Humains  qui n'y retrouve plus leur compte... François le facteur, qui deviendra dans ses films à venir M.Hulot, fut crée en plein boum de la civilisation des loisirs.




Dans jour de fête, même le vélo du facteur n' en veut pas de cette rentabilité, et retrouve seul  sa vraie place : devant le bistro des copains !




"J'ai tourné Jour de fête entièrement en couleur. Mais c'était un nouveau procédé et nous n'avons jamais pu tirer de copies. Je m'étais donné beaucoup de mal pour faire ce film en couleur. J'avais fait repeindre beaucoup de portes dans le petit village en gris assez foncé, j'avais habillé tous les paysans avec des vestes noires et surtout les paysannes, pour qu'il n'y ait presque pas de couleur sur cette place. La couleur arrive avec les forains, le manège, les chevaux de bois, et les baraques foraines."




"C’est alors que j’ai eu l’idée de présenter M. Hulot, personnage d’une indépendance complète, d’un désintéressement absolu et dont l’étourderie, qui est son principal défaut, en fait, à notre époque fonctionnelle, un inadapté". Avec son "visage à la Prévert sur le corps de De Gaulle" (Michèle Manceaux), M. Hulot, alias Jacques Tati, va promener sa silhouette dégingandée sur la plage des Vacances de M. Hulot (1953).



Réalisateur : Jacques Tati
Année : 1953
Nationalité : Français
Genre : comédie avec un Monsieur Hulot dedans.
Acteur Principaux : Nathalie Pascaud, Louis Perrault, Michelle Rolla, Jacques Tati.



Le film remporte un triomphe, notamment aux USA.



Personnage burlesque, Monsieur Hulot débarque dans une calme station balnéaire de la côte atlantique. Il va révolutionner les habitudes des citadins qui y passent leurs vacances.



La plage de St-Marc sur mer, aujourd hui.

Au volant de sa vieille automobile, M.Hulot part en vacances. Le trajet est un peu cahotique, mais il parvient à s installer, comme tout bon Français de l époque, dans un hôtel semblable à tous les hotels de vacances, et y retrouve les mêmes baigneurs, les mêmes plages que partout ailleurs.
Son arrivée va provoquer quelques bouleversements dans la petite communauté...
Tati carricature à souhait le vacancier typique, et se moque gentiment des bidochons en vacances et plus surement la société des loisirs.


La fameuse partie de tennis...

Le triomphe de Monsieur Hulot va lui permettre de réaliser dans des conditions plus confortables Mon Oncle
, chef d oeuvre absolu de 1958.
Le film, tourné en deux versions, française et anglaise, obtient le prix spécial du jury à cannes et l’oscar du meilleur film étranger en 1959.




Titre : My Uncle ( Mon oncle )
Date de sortie : 10 mai 1958
Réalisateur : Jacques Tati
Acteurs :  Jacques Tati, Jean pierre Zola, Alain Becourt





Gérard, un petit garçon subit " la bonne éducation " de ses parents,
 et ne vit que par son Oncle,  Monsieur Hulot  qui surgit sur son solex
pour le secourir d' une vie dont on lui promet l enfer.








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Dans Mon Oncle  Tati s' inquiète aussi  de  l aseptisation du monde, de la mort du petit peuple parisien, l ennui que crée une vie soumise à la machine,  l illusion du bonheur matériel...


M.Hulot interloqué devant tout ces gadgets...

 


Ce soir : réfléchissons avec la tv...La fabrique des boureaux malgré eux.


Photos du films et commentaires :


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Monsieur Arpel, « nouveau riche » fier de sa maison futuriste bardée de gadgets technologiques à l'utilité improbable...

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...veut éviter que son beau-frère, Monsieur Hulot, personnage rêveur et bohème, n'influence son fils...




...et va essayer de lui confier un emploi dans son usine afin de l'éloigner et lui donner " une chance " de se remettre dans le "droit chemin ".






Le film oppose un monde en train d'émerger, où le paraître prend une place qu'on peut juger excessive : M. Arpel réprimande sa femme de faire fonctionner la fontaine de leur jardin au moment où il rentre chez lui (« ce n'est pas la peine, voyons, c'est moi ! »), et où l'on aseptise jusqu'aux tartines de pain, — et le Paris traditionnel tel qu'il existait encore au début des années 1950.




 Plus tard, il s'indigne de ce que Hulot ait finalement réussi à s'assoupir dans un canapé particulièrement inconfortable... en le plaçant sur sa tranche.




Tati ne s attaque plus seulement à un modèle , mais après son apprentissage, à sa reproduction, sa transmission. Education, rapports de forces sociales...



Les complices désignés s' inscrivent dans un rapport de dominants/dominés,c' est le monde du travail ( patron/ouvriers), les parents, les adultes contre Gérard.



Les décors du film stigmatise cette dualité, la maison des parents :



et son pendant, la maison de Monsieur Hulot   :



La mégère dans le style nouveau riche...




Monsieur Hulot et sa voisine :



Le personnage d' Hulot ne parle presque pas, exprime seulement quelques onomatopés pratiquement inaudibles, façon Deschiens : on est dans la formation première de Tati, la pantomime.


" La complainte du progrès " façon tex avery/vian/tati ?



Avec son Oncle, Gérard se décomplexe et expérimente avec les mômes du quartier les plaisirs du jeu, ici le but est de siffler assez fort pour que le passant se retourne tout en continuant à marcher... si la cible se mange le lampadaire : c' est gagné !





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Tati avait coutume de dire aux apprentis cinéastes : "Le cinéma, c’est un stylo, du papier et des heures à observer le monde et les gens". Pour écrire ses films, du premier au dernier gag et en prévoir tous les rouages ; pour imaginer, sur la bande-son, le moindre bruit, sa modulation, son intensité, son rythme ; pour faire exister, avec un visage, des vêtements, une silhouette et des signes particuliers, le plus humble des personnages, à peine entrevu sur l’écran, Tati avait besoin de temps et le prenait.
Quatre ans entre Jour de fête et Les Vacances..., cinq entre Les Vacances... et Mon oncle, dix entre et Mon onclePlaytime.



Un film français de Jacques Tati (1967),
version restaurée par François Ede (2002).
Directeur de la photographie : Jean Badal et Andréas Winding
Décor : Eugène Roman
Musique : Francis Lemarque, Dave Stein, James Campbell
Production : Specta-Films
Durée TV : 2 h
Avec Jacques Tati (M. Hulot), Barbara Dennek (la jeune Américaine), John Abbey (Mr Lacs), Henri Piccolo (le monsieur important), Reinhart Kolldehoff (le directeur allemand)




« J'aurais pu appeler ça "le temps des loisirs", mais j'ai préféré prendre Playtime. Dans cette vie moderne parisienne, il est très chic d'employer des mots anglais pour vendre une certaine marchandise : on range des voitures dans des parkings, les ménagères vont faire leurs courses au supermarket, il y a un drugstore, le soir au night-club, on vend des liqueurs on the rocks, on déjeune dans des snacks et quand on est pressés dans des quick »



Au cœur des Trente Glorieuses, les années 1960 voient la mutation de la France s'accélérer avec, pour effets sociologiques majeurs, la fin de la ruralité et l'explosion de la culture de masse. Des transformations urbanistiques à l'avènement de la télévision (seuls 9 % des foyers sont équipés d'un téléviseur en 1958, 42 % en 1965 !), la France évolue en une vingtaine d'années plus qu'elle n'a changé en un demi-siècle, modifiant ainsi l'environnement et le comportement de ses habitants. Autre symptôme alarmant de cette époque de modernisation débridée, l'humanisme accuse un net recul.



Agacé par la « chosification » de la société de consommation (dénoncée par Georges Pérec dans Les Choses 1965) et « ,le vide de l'homme disparu » (Les Mots et les Choses, de Michel Foucault, 1966), Jacques Tati réagit. D'abord avec Mon oncle en 1958, puis avec cet énorme morceau de bravoure qu'est Playtime. Avec ce film, initialement intitulé Film Tati n° 4, le metteur en scène entend attirer l'attention de ses contemporains sur les dangers du nouveau quand on en oublie les vertus de l'ancien.
 « Que signifient la réussite, le confort, le progrès, si personne ne connaît plus personne, si l'on enlève des immeubles faits à la main pour les remplacer par du béton, si l'on déjeune dans des vitrines au lieu de se retrouver dans de petits restaurants où l'on a envie de parler, si l'épicerie ressemble à la pharmacie ? » (Le Monde, 24 avril 1958.)



Toutefois, si Playtime apparaît comme une joyeuse satire de la société française engagée dans la voie de la modernisation, il ne doit pas pour autant être vu comme une simple critique du gigantisme architectural à l'américaine. Jacques Tati sait parfaitement qu'avec ou sans lui, la société se modernisera. Non, ce qu'il souhaite, c'est humaniser le progrès qui se décline à Paris et ailleurs sur tous les tons de la grisaille géométrique. C'est redonner à l'homme la place qui lui appartient dans la cité. « Quand il y a une panne, on va chercher un monsieur avec un tournevis. Et c'est ce monsieur avec son petit tournevis que je viens défendre dans ce film. Mon métier n'est pas d'être critique en architecture. Je suis là pour essayer de défendre l'individu et la personnalité, qu'on respecte les gens [...]. Dans Playtime, je défends les petits personnages. »



Deux raisons déterminantes président au choix du format 70 mm. D'une part, la volonté de faire entrer dans le cadre les immenses volumes architecturaux de manière à en donner la juste (dé)mesure par rapport à l'homme. « Si je tourne en super 8, je vais filmer une fenêtre, en 16 mm je vais en avoir quatre, en 35 mm je vais en avoir douze et en 70 mm, je vais avoir la façade d'Orly. » D'autre part, Tati souhaite que son spectateur participe à sa manière à cette entreprise d'humanisation de la ville ultramoderne. Pour lui, le 70 mm doit « ouvrir une fenêtre, une baie sur ce qui nous entoure, que les gens [...] se parlent carrément, se montrent les endroits, les objets : - Tiens regarde là, regarde... - Quoi ? - T'as vu, regarde là, y a un avion qui fond » (Cahiers du cinéma, n° 303, septembre 1979).



Tati était quand même un putain de malade, il veut faire un film dans une ville futuriste, chiche ! je vais la construire !

« Pendant près de neuf ans, Playtime [a] absorbé tout son temps, tout son art et toute son énergie, au point que sa vie et son film [ont] fini par s'être absolument confondus. » Ainsi débute la récente étude de François Ede et Stéphane Goudet entièrement consacrée au film. Si la genèse remonte officiellement à novembre 1959 (un courrier de la société de production du réalisateur, Specta-Films, en fait foi), l'idée de Playtime naît dans les années 1950 à l'occasion des visites de Tati aux États-Unis et d'une tournée de plusieurs mois dans les capitales européennes pour la promotion de Mon oncle entre 1958 et 1960. Affublé du rôle de « commis-voyageur » selon ses propres termes, le cinéaste devient un habitué des aéroports internationaux, lesquels lui inspirent quantité de remarques aussitôt consignées dans un carnet de notes. Par ailleurs, on sait qu'il est très attentif au monde qui change sous ses yeux. Et c'est en 1963 que le scénario est achevé.



Avec Playtime, Tati décide de prendre « tous les risques » (Le Figaro littéraire, 19 novembre 1964). Débuté le 12 octobre 1964 en décors naturels à Orly, le tournage est immédiatement interrompu. « Il était difficile d'arrêter le trafic à Orly, tout comme la recette d'un drugstore ou d'un supermarché en pleine activité. Nous avons alors été dans l'obligation de faire ce décor qui n'existait pas. Je l'ai inventé. Il a été très long à construire et très coûteux. »  Fait qui, s'il présente un véritable obstacle, n'en est pas pour autant insurmontable. En réalité, cet inconvénient conforte surtout Tati dans l'idée d'une nouvelle approche esthétique des décors. Pour lui, qui conçoit un film dans une stricte gamme de tons monochromes, les touches de couleur qui viendraient « polluer » l'image constituent une véritable hantise. Et, bien sûr, tourner en plans très larges ne va pas sans risque de quelques fausses notes. Playtime sera donc presque intégralement tourné en studio à... « Tativille ».




Pensée par Tati et dessinée par Eugène Roman, « Tativille » avait commencé à jaillir en septembre 1964 d'un terrain vague de quelque 15 000 m2 situé à Joinville-le-Pont, à l'extrémité est du plateau de Gravelle. Cette ville-studio à proximité du bois de Vincennes sera bientôt composée d'escaliers roulants, de grands ensembles d'habitation, de bâtiments de travail aux façades d'acier et de verre montées sur des rails, de rues asphaltées, d'un parc automobile et d'une aérogare ! Une centaine d'ouvriers travaillent sur le chantier pendant cinq mois. Chaque immeuble est doté d'un chauffage central au mazout. Deux centrales électriques entretiennent en permanence un soleil artificiel...



Pendant la longue période de construction des studios et du décor, Tati poursuit ses essais de mise en scène. Le tournage reprend en mars 1965 après des mois de retard et se prolongera de façon sporadique jusqu'en septembre 1967, date à laquelle le décor est détruit. Interrompu par une violente tempête endommageant du matériel (automne 1964), des conditions météorologiques désastreuses (été 1965), des soucis budgétaires récurrents, à quoi s'ajoutent répétitions et retakes (nouvelles prises effectuées après le tournage) qui ont valu à Jacques Tati le surnom de « tatillon », Playtime est d'abord l'histoire d'un tournage chaotique.



Ajoutons que faute d'argent pendant le tournage, la production est parfois empêchée de verser les salaires. Tati hypothèque sa propre maison ainsi que les droits des Vacances de Monsieur Hulot et de Mon oncle ; Georges Pompidou, alors Premier ministre, intervient même pour permettre un prêt exceptionnel du Crédit Lyonnais au cinéaste surendetté. Pour trouver de nouveaux investisseurs, celui-ci doit même monter (et montrer) une partie de son film avant la fin du tournage.
Prévu pour 2,5 millions de francs, le budget de Playtime passe de 6 en 1964 à plus de 15 millions en 1967 (ce qui correspondrait aujourd'hui à 15,4 millions d'euros) ! Quoi qu'il en soit, la première a lieu le 16 décembre 1967 à l'Empire-Cinérama. En dépit des copies 35 mm (format standard des projecteurs) qui sont tirées pour élargir le public, le film n'attire guère que 400 000 spectateurs et ne permet malheureusement pas d'éviter le dépôt de bilan de Specta-Films ainsi que la vente des droits de toutes les œuvres de Tati.


On signalera enfin que Playtime, connu pour ses différentes versions, dure environ 2 h 30 lors de sa première projection (comportant un entracte très vite supprimé). Dans les mois qui suivent la sortie du film, diverses sources font état d'une durée variant entre 1 h 59 et 2 h 50. Les documents de mixage permettent, quant à eux, de l'évaluer avec certitude : 2 h 33. En fait, ces différences de longueur donnent aujourd'hui une idée précise des multiples coupes exercées directement sur les copies d'exploitation par le cinéaste lui-même durant les premières semaines de la sortie du film. Manière pour lui de poursuivre un montage qu'il jugeait insatisfaisant. Entre janvier et février 1968, le film est alors amputé de 15 minutes (seconde version). Quand Playtime ressort en 1979, les distributeurs obligent de nouveau Tati à supprimer 10 minutes supplémentaires. Cette troisième version aujourd'hui restaurée (2 h 06 ; 2 h à la télévision) est celle que nous pouvons voir désormais.
Entre 1967 et fin 2002, Playtime a été vu par environ 1 450 000 spectateurs dont 200 000 pour la copie restaurée.



L' Histoire :

À l'heure de l'Economic Airline, des Américaines participent à un voyage organisé. Leur mission : visiter une capitale européenne par jour. Arrivant de Rome, les voilà qui débarquent à Orly. Leur visite au pas de charge les amène à croiser un drôle d'oiseau, M. Hulot, en quête d'un travail dans la froide cité ultramoderne. Mais à mesure que le soir tombe, l'atmosphère se réchauffe et tout le monde se retrouve au Royal Garden, un restaurant chic qui ouvre à peine ses portes... Le lendemain matin, une histoire d'amour s'ébauche entre Hulot et une touriste... qui déjà est emportée par le tourbillon intrépide de la vie moderne.



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